in nome del popolo italianoQuatrième de couverture : Un homme, une femme, en costume de cérémonie. Jeunes époux ? Frère et soeur. Mais pour Giulio et Sara Pecorari, citoyens romains, la fête a fini au poste : les voici face aux forces de l'ordre pour témoigner du fait divers tragique qui a gâché la noce. Ce qu'ils étalent alors devant nous, au fil des flashbacks et des digressions, c'est toute leur philosophie de la vie - violence des préjugés et des rapports humains, mélange de misère et de consommation, cocktail de clichés et d'amalgames, le tout pétri de la «culture» infusée par la télévision commerciale et les slogans publicitaires.
Sous des airs de comédie à l'italienne ou de reality show, Matteo Bacchini dresse au scalpel un portrait-réquisitoire, une mythologie dégradée de notre société. Grotesque, hilarante et saturée, la langue théâtrale est l'arme jubilatoire qui dénonce, au nom du peuple italien, les cancers qui le rongent

Ce que j'en ai pensé : Je ne suis pas vraiment habituée à lire du théâtre, je pense même qu'il s'agit là de ma première pièce lue du début à la fin, ou au moins la première depuis longtemps, ce qui fait que je ne sais pas trop par ou aborder cette critique.

Ce livre tout fin (moins d'une centaine de pages, une sur deux en italien, l'autre en français) se lit très vite. L'histoire, faite de flashbacks et de morceaux choisis d'interrogatoire, ne suit pas un ordre chronologique; on apprend d'abord certaines choses que l'on ne comprend pas et qui ne prendront tout leur sens que plusieurs (dizaines de) pages plus loin.
Ce qui en ressort? Une impression de brouillard, d’incompréhension, de désordre. Et c'est totalement l'effet recherché.
Puis, ce n'est pas la faute qu'au découpage, Giulio et Sara ne se comprennent pas, ils ne s'écoutent pas. Ils se parlent via monologues interposés, pas tant dans la forme que dans le fond. Ils suivent le chemin qu'ils se sont tracé sans accorder un seul regard à l'autre. Ils sont à la fois tout l'un pour l'autre, ils sont même trop proche pour un frère et une sœur, et seuls, égoïstes, nombrilistes. Ils sont intrusifs, surtout l'un, naïf, surtout l'une, bornés et fermés. Ils représentent une couche de la population que l'on préférerait ignorer, ils sont populaire, ils sont le peuple, avec tout ce que cela sous entend de négatif, d'aprioris et d'ignorance  non assumée.
Ils sont irréels d'idiotie, de racisme, de beaufitude. Mais en même temps ils sont si proche de nous, si réaliste. Si terrifiants par cela. Et si on ne connait pas personnellement une Sara ou un Giulio on en a forcément déjà entendu parlé, on en a déjà vu dans la rue, dans les fêtes, chez des amis ou en cauchemars.
Et pas qu'à Rome, oh ça non.
Ils dépeignent avec justesse les incohérences et les défauts de la populace, du peuple d'aujourd'hui. On ne sort pas tout à fait indemne de ce texte, on se surprend à penser "Wow, si c'est comme ça que sont les romains je suis plus trop sur de vouloir retourner à Rome moi... Mais attends deux secondes, la Rome que j'ai vue ne ressemblait en rien à cette description. - En même temps tu la vue avec des yeux de touristes. Et d'enfant. Puis, honnêtement, ce que tu n'aimes pas dans ce texte c'est son adéquation avec ce que tu vois dans ta propre ville, non?"
Pas indemne je vous disais. Mais rien à voir avec la discussion des deux personnages distincts dans ma tête hein, ça c'est la norme.

Si une adaptation se fait un jour de la pièce, une adaptation jouée j'entends, je crois que je prendrais le temps d'aller la voir. Ça me plairait assez.

Si je devais néanmoins emmètre une critique, non pas à l'histoire mais à l'édition, ce serait au sujet de la préface, qui aurait été plus à sa place en post-face, parce qu'elle dévoile un peu trop de l'histoire et la lire avant la pièce est un peu dérangeant à cause de cela.

En tout cas je tiens à remercier Babelio, les Presses Universitaires du Mirail et le collectif La Langue du Bourricot pour m'avoir permis de découvrir ce livre à coté duquel je serais, sans nul doute, passée sans Masse Critique.

Points forts : La justesse dans la représentation d'un peuple malade, égocentrique, terrifiant et terriblement contemporain.
Points faibles : On apprend avant même d'ouvrir le volume qu'il s’agit d'une fratrie et non d'un couple comme c'est pourtant sous entendu du début à la fin (les spectateurs, eux , ne l'apprennent qu'à la fin de la pièce) ce qui nous empêche d''être surpris par la plus grosse révélation de l'histoire.
Nombres de tomes :  1